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Le jury de l’ENA se livre à une charge sur la « pauvreté des idées » et le « conformisme » des candidats à l’ENA, pour la plupart issus de Sciences Po Paris et des IEP, après avoir décortiqué leurs copies.

Morceaux choisis :
La majorité des copies pêchent par « excès de prudence plus encore que par manque d'imagination", et se satisfont de "pensées et de références stéréotypées".
Tendance au name-dropping, à l’usage de mots-valises ("impacter", "acteurs", "systèmes") pour camoufler l’absence de prise de position.
Sur les questions européennes, "Les candidats donnent le sentiment de présenter l’Union européenne comme un ordre établi qui ne pourrait être différent. La plupart d’entre eux témoigne d’une absence de sens critique et d’une incapacité ou d’une absence de volonté à imaginer d’autres modes de fonctionnement. De plus, nombreux sont ceux qui expriment des idées préconçues ne correspondant pas à l’Europe réelle."
"Consternation devant ceux dont la pauvreté des idées, la faiblesse de l’engagement et du jugement n’égalaient que la volonté de plaire".
"Trop souvent soucieux de ne froisser personne, d’être politiquement corrects, confondant consensus et résultat équilibré, mal à l’aise dès qu’il s’agit d’émettre un jugement, timide face à un quelconque engagement, le candidat moyen semble chercher à « passer partout ». De fait, le jury se montre très dubitatif sur leurs aptitudes à manager, à prendre des risques et des décisions.
Voilà, tout est dit ! Ceux qui aspirent aux plus hautes fonctions administratives puis politiques, voire à pantoufler ensuite dans l’industrie ou la banque ou les institutions internationales cherchent à être le plus transparent possible, à surtout ne pas émettre des critiques qui pourraient les disqualifier dans leur recherche d’un plan de carrière.

Génération spontanée, conformisme ou formatage ?
La peur du lendemain, la crainte de ne pas réussir sa carrière peut bien sûr expliquer l’absence de prise de risques. Cela voudrait dire que, malgré les enseignements dispensés dans ces formations de prestige, au final, le candidat torturé entre la volonté de se singulariser et la crainte qu’on le lui reproche ait choisit la seconde option. Cela laisserait un espoir de changement futur, bien mince, je le concède, mais l’espoir fait vivre…

Le formatage, comme une évidence…
La lecture d’un édito de Christian Lequesne, professeur à Sciences Po dans Ouest-France du 7 avril, aurait tendance à nous faire basculer dans la logique du formatage.

Après une définition sans nuance du populisme - le peuple contre les élites – sans jamais décrire ce qu’est « l’élite », l’auteur de l’édito brosse un portrait binaire du populiste (un homme plutôt qu’une femme, blanc, doté d’un niveau d’éducation élémentaire, qui occupe un emploi modeste ou est sans emploi et qui abhorre les élites), sans jamais s’intéresser aux déclassement subit par la classe populaire ou aux renoncements politiques qui font qu’elle fuit désormais les partis traditionnels pour se réfugier dans l’abstention ou le vote protestataire, sauf à dire que les capacités d’adaptation de la classe moyenne a permis à cette dernière de s’adapter.

La principale raison de la montée du populisme selon l’auteur serait la mondialisation économique avec ses effets positifs qui permet à chacun d’acheter des biens importés bon marché (« Produire des tee-shirts bon marché en France n’a plus de sens par rapport aux faibles coûts vietnamiens ou mexicains »). Aucune analyse, là non plus sur l’impact écologique de cette économie mondialisée, sur les conséquences sociales dans les pays fournisseurs ou bien encore sur la multiplication des marges des chaînes qui vendent ces produits et le corolaire de la concentration des richesses mondiales entre les mains de quelques-uns seulement ainsi que les dérives des paradis fiscaux.

C’est juste comme ça est ça doit le rester, et la seule voie de progression dans notre pays sera la production à haute valeur ajoutée et du numérique, selon l’auteur, et pour redonner espoir aux « perdants », « le traitement social ne sera pas suffisant », et « la solution de long terme est dans l’adaptation à des modes de production et à des emplois qui n’ont plus rien à voir avec ceux d’hier ».

Après avoir lu cet édito, on reste confondu devant l’absence de regard critique sur la situation de notre économie, la banalité des propos et le conformisme aux idées délivrées chaque jour dans les médias. On reste confondu devant ce discours sans nuances de ce professeur de Sciences Po (le perdant/populiste et les classes moyennes et supérieures qui savent s’adapter) et on ne s’étonne plus de la charge du jury de l’ENA sur la pauvreté des idées des candidats, leur manque d’imagination, leur excès de prudence et leur volonté de plaire.

Le populiste, c’est toujours l’autre, celui qui ne comprend rien
C’est le titre d’un édito de Joseph Macé-Scaron dans Marianne du 18 mars.

Il parle de formule creuse et paresseuse et à la mode tant on en use et on en abuse
Citons ce passage éclairant : « Vous manquez de temps pour analyser le contexte historique, l’environnement politique, l’idéal social que porte ce dernier ? Ne vous embarrassez pas, qualifiez le de populiste, si possible avec une légère moue de dégoût pour faire comprendre à votre interlocuteur qu’il vient de pénétrer dans l’antichambre du nazisme. Cela ne coûte rien et vous permettra d’avoir votre rond de serviette à « C dans l’air ».

Le journaliste de Marianne ajoute : « Mais, elle sert surtout (la notion de populiste) aux gouvernants, aux établis, à disqualifier un mouvement qui s’oppose à leur politique ou à leur mode de gouvernance ».

On aura compris que le formatage des idées dans nos grandes écoles (et je ne parle pas des écoles de commerce qui sont le complément indispensable des IEP et de Sciences Po) participe de la volonté des « élites » à discréditer toute ambition de remettre en cause le modèle qu’ils ont mis en place et qui leur convient si bien.






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