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L'humour consolateur : aveu d'impuissance ou acteur du changement ? Réflexion sur Chaplin avec Marc Cerisuelo.

On pense souvent que l’humour est aussi innocent que stérile. Après tout, c’est avec des armes, et non des blagues, que par exemple on renverse une dictature. Et pour servir de nobles causes, il n’y a que des moyens sérieux, graves et réalistes.


Faisons, avec Chaplin, le pari contraire ! Car l’humour ne permet-il pas de retirer au mal son aspect fatal, de ne pas céder à la peur et de reprendre courage ? Dans Le Dictateur, faire la satyre du nazisme et tourner Hitler en dérision sont autant de moyens de « dédramatiser » le régime allemand, et d’enlever au mal son aura.


Mais si dans ce film c’est de l’ennemi dont on se moque, que dire des Temps modernes, où c’est l’ouvrier qui devient le support du rire ? On sait qu’il cherche à critiquer l’industrie moderne et l’organisation taylorienne du travail, dans laquelle l'homme est devenu une simple machine qui répète sans cesse les mêmes mouvements. Mais nous ne rions pas de voir un ouvrier travailler en usine. Au contraire, c’est au moment où la mécanique des gestes sort de l’usine, et tourne à vide, que le comique prend la place de la déploration.


Si, comme l’explique Bergson, le rire est « du mécanique plaqué sur du vivant », alors Chaplin fait plus que de tourner le monde industriel en dérision : il en saisit l’essence profondément comique…

Marc Cerisuelo
Philosophe et docteur en études cinématographiques

Source : arte.tv/philosophie/fr/








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