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« Il » est revenu. Xavier Eman vient de commettre un troisième livre, et le deuxième volume de sa série « Une fin du monde sans importance » publié aux éditions de la Nouvelle Librairie. Après l’excellent Terminus pour le Hussard, c’est le retour des chroniques que les lecteurs d’Éléments connaissent bien. « Une fin du monde sans importance, volume II », c’est le retour de la plume cynique mais diablement réaliste de celui qui dépeint à merveille les ravages de notre société moderne en cours d’effondrement avancé.

On y retrouve pèle mêle des professeurs désabusés, des bobos parisiens qui évoluent dans un monde parallèle, les enfants de Cohn-Bendit qui se confrontent au réel, sur fond de diversité « enrichissante » et de société de consommation dont le mot envahissant constitue un doux euphémisme.

On se délecte de chacune de ces histoires racontées par Xavier Eman, avec une plume dont lui seul à le secret. La plume d’un écrivain lettré, dont on aimerait secrètement avoir le verbe et le phrasé, car cela se fait de plus en plus rare de nos jours pour les enfants maudits que nous sommes, issus de la destruction avancée de l’Éducation nationale.

Seul reproche que l’on peut faire à son ouvrage ? Il est trop court, beaucoup trop court, car on en redemande, encore et toujours, pour au moins parvenir à rire, à moquer, à se délecter d’un monde qui s’effondre devant nos yeux. Désolé pour lui, mais ne reste plus qu’à François Bousquet et à l’équipe de la Nouvelle librairie à hypothéquer les murs de ce projet pourtant génial, histoire de financer non pas un ou deux, mais 10 ou 15 tomes de 300 pages des contemplations de l’effondrement de notre monde par Xavier Eman !

Enfin avant cela, commencez déjà par acheter le livre, le savourer, le faire acheter, et permettre à cette toute jeune maison d’édition de nous en proposer d’autres dans les mois à venir !

Breizh-info.com : Qu’est-ce qui vous a poussé à publier le deuxième tome d’une fin du monde sans importance?

Xavier Eman : Le premier tome ayant reçu un assez bon accueil et le nombre de nouvelles chroniques parues dans Éléments commençant à être conséquent, cette parution semblait logique. Par ailleurs, je venais de finir l’écriture d’une nouvelle (inédite celle-là) qui me semblait fort bien compléter ce recueil que les jeunes éditions de la Nouvelle Librairie m’ont proposé de publier.

Les personnages que vous décrivez ne sont-ils pas un peu caricaturaux ?

Plus caricaturaux que Marlène Schiappa, Sibeth NDiaye, Caroline de Hass, BHL, Cyril Hanouna, les Cht’is à Mykonos, Nabila… ? Je n’ai pas l’impression… C’est même l’un des problèmes de notre époque pour un écrivain « satirique », la réalité dépasse la fiction, on voudrait faire de la caricature qu’on n’y parviendrait plus tant les uns et les autres semblent chercher à toutes forces à incarner des personnages toujours plus grotesques et délirants. Nous vivons des temps à la fois clownesques et tragiques. Il n’est de ce fait pas nécessaire du tout de « forcer le trait »…

Cela étant, la forme courte, voire très courte en ce qui concerne la « chronique », induit forcément un « resserrement » du discours, de la description, un « résumé » psychologique, un « focus » qui peut en effet parfois donner un sentiment « d’effet loupe » excessivement grossissant…

N’êtes-vous pas un terrible pessimiste, presque démoralisant parfois ?

Disons qu’en observant le monde, et spécialement l’état de la France et du peuple français, les raisons de se réjouir et de déborder d’enthousiasme ne me sautent pas quotidiennement aux yeux… Je ne pense pas qu’il s’agisse là de « pessimisme », mais de simple acuité visuelle. Force est de constater que, depuis vingt ans, tout, absolument tout – de l’analphabétisme galopant à l’empoisonnement alimentaire en passant par l’ensauvagement du quotidien… -, a empiré, s’est dégradé, enlaidi… Heureusement, il reste la famille, le drapeau noir et les copains…

Chez quels auteurs puisez-vous votre capacité à écrire de manière aussi incisive. Qui sont vos « maîtres » à écrire si vous en avez ?

Xavier Eman : En matière littéraire, j’ai des inspirations et des admirations très nombreuses et éclectiques. Pour citer les plus marquantes, je dirais Flaubert, Montherlant, Bonnard, Rebatet, Brigneau, Houellebecq… Parmi les contemporains, j’ai une affection particulière pour l’irrésistible truculence d’Olivier Maulin qui m’a fait le plaisir et l’honneur de préfacer mon ouvrage.

Travaillez-vous actuellement à d’autres livres, car vos lecteurs regrettent parfois que vous n’écriviez pas assez ?

Je travaille sur différents projets, notamment un roman et un essai plus politique, mais il faut trouver le temps pour ça, la disponibilité d’esprit également… Je regrette moi aussi souvent de n’écrire pas davantage mais les contingences et exigences matérielles de l’existence étant ce qu’elles sont, les plages de liberté disponibles pour la création littéraire sont limitées. Ceci dit, si un généreux mécène veut me permettre de me consacrer exclusivement à l’écriture, je suis bien évidemment preneur ! En attendant cette très improbable perspective, je fais ce que je peux…

Vous êtes par ailleurs rédacteur en chef des revues Livr’Arbitres et Zentromag. Comment se portent-elles ?

Dans le contexte général de désintérêt pour la chose écrite, elles ne se portent pas trop mal… La plus ancienne, Livr’arbitres, s’est considérablement enrichie ces dernières années, au point de devenir, je le pense, incontournable pour qui s’intéresse à la littérature. Quant à Zentromag, qui fête tout juste sa première année d’existence, c’est un nouveau-né vigoureux qui commence à trouver sa place et son public… Elles iraient cependant toutes deux évidemment encore mieux avec davantage de lecteurs et d’abonnés…

Propos recueillis par YV


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