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De 10% à 30% des élèves d'école primaire présentent des difficultés d'écriture selon des études dans plusieurs pays. ­En cause, trop de photocopies à l'école et un manque d'exercice. Des «rééducateurs» se sont engouffrés dans la brèche. 

Des cahiers tachés, des lettres irrégulières ou en pattes de mouche et toujours les mêmes remarques des enseignants : « illisible », « trop lent », « peu soigné ». En fin de CP, 30 % des élèves ne sont pas capables de rédiger un écrit lisible. Ils n'ont pas acquis la formation des lettres, l'orientation du tracé, selon une enquête belge de 2016 menée auprès de 2507 élèves. De 10 % à 30 % des enfants d'école primaire continuent à présenter des difficultés liées aux « habiletés graphomotrices », selon trois études québécoise, israélienne et néerlandaise publiées entre les années 2000 et 2016.


Certains diagnostiqués « dyslexiques » ou « dyspraxiques » sont envoyés chez des orthophonistes, psychomotriciens et autres ergothérapeutes. Outre ce problème d'écriture, ils cumulent parfois des problèmes d'apprentissage de la lecture. Mais « la majorité n'a pas de pathologie particulière », assure Laurence Pierson, enseignante reconvertie depuis cinq ans, à Paris, comme « rééducatrice en écriture » quand d'autres inscrivent sur leur plaque « graphothérapeuthe ».

Nombre de parents ne sachant à quelle porte sonner, parfois découragés par les longues listes d'attente des orthophonistes, se tournent vers ces professions non réglementées qui comptent plusieurs centaines de membres. À moins qu'ils ne participent au succès de la vingtaine de « cahiers d'écriture » de Danièle Dumont, docteure en sciences du langage. Ses ouvrages, qui font partie des best-sellers de la pédagogie depuis une quinzaine d'années, figurent en bonne place sur le site de vente en ligne Amazon.

L'inquiétude des parents n'est pas anodine car l'amélioration de l'apprentissage de la lecture et de l'orthographe est intimement liée à celui de l'écriture. Comme le démontre la chercheuse Natalie Lavoie dans son livre sur Le Geste graphique au début de l'école primaire, paru en 2016,
« les performances en orthographe ne dépendent pas uniquement des connaissances lexicales et orthographiques des enfants, mais également de leur niveau de maîtrise graphique (...). L'acquisition d'un tracé fluide et automatique lui permet de libérer des ressources cognitives et attentionnelles qui pourront être tournées vers les autres aspects de l'écriture».
Mauvaises habitudes
Mais comment expliquer l'« explosion » des écritures malhabiles décrites par certains professeurs? « Beaucoup d'élèves tiennent mal leur stylo, n'inclinent pas leur feuille comme il le faut. Ils ne suivent pas les lignes, mélangent le graphisme de certaines lettres. Cela concerne au moins un tiers de mes élèves dans chaque classe », témoigne Lise Micheli, professeure de lettres dans un collège public des Yvelines. Pour Laurence Pierson, l'enseignement systématique de la tenue du crayon « a été abandonné en maternelle et au CP ». Les photocopies prennent une place envahissante, une solution de facilité qui permet de décharger les élèves des tâches d'écriture afin de pouvoir plus rapidement finir la leçon. Elle-même avait été éliminée en 1982 du concours de l'École normale en raison d'une note éliminatoire portant sur son « écriture et (sa) présentation ». Sa copie n'avait pas été jugée assez bien écrite. Dix ans plus tard, lorsqu'elle se représente au concours, cette épreuve avait disparu. Une fois à l'IUFM, l'enseignement sur la tenue du crayon, la position de la feuille, la formation des lettres est à peine effleuré. « Je n'ai eu aucun enseignement de ce type », confirme Agathe C., professeur en maternelle, quand Sylvie Bonneton, professeur des écoles, raconte s'être « auto-formée sur internet ».

Certes, les nouveaux programmes de 2016 insistent sur la place de l'écriture mais les mauvaises habitudes ont la vie dure. Dans les trois quarts des 130 classes de CP observées en 2015 pour le compte de l'étude « Lire-écrire », les enseignants font écrire les élèves près de deux heures par semaine mais certains professeurs se contentent de 14 minutes de copie en CP quand d'autres vont jusqu'à 90 minutes. On compte 3 minutes de dictée ici contre 54 minutes ailleurs. C'est à la calligraphie (16 minutes hebdomadaires en moyenne) que les élèves passent le moins de temps. « Cette durée peut sembler faible si l'on considère que la calligraphie assume une part importante de l'efficacité de la production d'écrit », observaient les auteurs...

Quatre règles pour bien former ses lettres
Pour prévenir les difficultés d'écriture des élèves, la rééducatrice Laurence Pierson propose des mesures à mettre en place dès le début de l'école primaire.
  • Veiller à la bonne tenue du crayon : pince entre le pouce et le côté de la dernière phalange du majeur, corps du crayon posé sur le pli entre le pouce et l'index, index posé souplement sur le crayon. Pour repérer l'endroit où la pince doit se faire, on peut dessiner des points sur la main de l'enfant.
  • Toujours lier écriture et lecture. On peut faire parler à voix basse, syllabe à syllabe, tout ce que les enfants écrivent, au rythme de leur geste.
  • Lorsque l'enfant écrit, vérifier qu'il ne s'arrête pas en chemin. L'écriture doit s'enchaîner sans marquer d'arrêt, sauf avant une lettre ronde où on doit « sauter » pour trouver le point d'attaque de cette lettre.
  • Préférer le dessin libre, le travail sur la motricité fine, aux exercices de graphisme. Les pages de ponts, vagues, zigzags ou autres ne préparant guère à l'écriture cursive.
Source : fr.sott.net/



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