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Dans « La Vie secrète des arbres », Peter Wohlleben décrit l’existence d’un très élaboré langage des arbres. En effet, ceux-ci communiquent entre eux au moyen d’odeurs et de signaux électriques. 

Le réseau racinaire est également utilisé pour échanger des informations sur les insectes présents dans les environs ou sur la sécheresse du sol, permettant aux arbres connectés en réseau de mettre en place des stratégies de défense collective contre les agresseurs et de s’adapter aux rigueurs du climat.

Les premières découvertes
Peter Wohlleben rappelle que dans les années 1970, des chercheurs ont découvert le comportement défensif d’une espèce d’acacias de la savane africaine aux feuilles très appréciées des girafes. Pour se débarrasser de ces prédateurs, les acacias augmentent en quelques minutes la teneur en substances toxiques de leurs feuilles, obligeant les girafes à se déplacer d’une centaine de mètres pour s’attaquer à d’autres acacias. Les acacias agressés émettent par ailleurs un gaz avertisseur (éthylène) pour alerter leurs congénères de l’imminence d’un danger, ces derniers réagissant à leur tour en augmentant la teneur en substances toxiques de leurs feuilles. Les girafes n’ont d’autre choix que de se diriger vers les arbres non avertis en remontant le vent ou en parcourant une centaine de mètres.

Le langage des arbres
Les chênes, les hêtres ou les sapins de nos régions tempérées réagissent eux aussi lors d’une agression, précise Peter Wohlleben. Lorsqu’une chenille mord une feuille, le tissu végétal se modifie autour de la morsure et envoie des signaux électriques. L’impulsion se propageant à la vitesse de 1cm/min, l’arbre a besoin de plus d’une heure pour synthétiser les anticorps contre les parasites.


Malgré une certaine lenteur, aucune partie de l’arbre ne fonctionne isolément. Dès qu’un endroit est agressé, l’information se propage à l’ensemble de l’arbre déclenchant, si nécessaire, l’émission de substances odorantes correspondant à l’objectif à remplir par les feuilles. Cette aptitude à réagir de façon ciblée permet de stopper une agression en quelques jours.

Un arbre est capable d’identifier l’espèce de l’insecte à la teneur de sa salive. Les arbres émettent également des substances pour prévenir les prédateurs de l’espèce agresseuse. Les ormes et les pins attirent ainsi des petites guêpes qui pondent des œufs dans le corps des chenilles envahisseuses.


Ce défaut de diffusion très lente du signal d’alerte au sein de l’arbre est contrebalancé par l’utilisation de la voie des airs lui permettant de franchir de grandes distances en peu de temps et de prévenir les parties éloignées de plusieurs mètres. Se diluant rapidement dans l’air, le rayon d’action des alertes odorantes est néanmoins inférieur à 100 m. 

Le monde animal perçoit tous les signaux chimiques émis par les arbres, connaissant les attaques en cours et les espèces agresseuses. Les prédateurs des agresseurs peuvent ainsi intervenir au bon endroit à bon escient.

Peter Wohlleben ajoute que concernant les substances secrétées, les chênes envoient des tanins amers et toxiques dans l’écorce et les feuilles. Les saules fabriquent de la salicyline, bénéfique pour les humains (la tisane d’écorce de saule, ancêtre de l’aspirine, atténuant les maux de tête et la fièvre) mais, destructrice pour les insectes.

Outre les parties extérieures, les arbres sont en mesure d’envoyer des messages à leurs racines qui connectent les arbres entre eux et fonctionnent par tous les temps. Les informations y sont transmises chimiquement et électriquement à la vitesse de 1cm/s.

En effet, les racines d’un arbre s’étendent sur une surface double de celle de sa couronne extérieure et se traduisent par un entrelacement de ramifications souterraines et de points de contact et d’échange avec les autres arbres.

Lorsqu’une forêt héberge des arbres solitaires ou des arbres individualistes, Peter Wohlleben souligne que les arbres utilisent le réseau des champignons pour garantir la continuité de la transmission. De fait, champignons et arbres collaborent étroitement. Sachant qu’une cuillerée à café de terre forestière contient plusieurs kilomètres de ces filaments appelés hyphes, un seul champignon peut au fil des siècles s’étendre sur plusieurs kilomètres carrés et mettre en réseau des forêts entières.


Outre les arbres et les buissons, les graminées échangent également entre elles et probablement toutes les espèces végétales présentes dans la communauté forestière. En revanche, en zone agricole, la végétation est silencieuse. La main de l’homme fait perdre aux plantes cultivées leur aptitude à communiquer par voie souterraine ou aérienne….

Hors les signaux défensifs, Peter Wohlleben n’oublie pas de mentionner l’importance des signaux agréables, en particulier les messages olfactifs envoyés par les fleurs. Les arbres fruitiers, les saules ou les châtaigniers les diffusent pour attirer les abeilles. Le doux nectar est la récompense de la pollinisation qu’elles accomplissent à leur insu et en bonne intelligence.


Par ailleurs, la forme et la couleur des fleurs sont des signaux destinés à les distinguer de la verdure du feuillage.

En dévoilant au grand public le comportement incroyable des arbres qui s’échangent olfactivement, visuellement et électriquement des informations vitales, Peter Wohlleben nous alerte sur les conséquences néfastes de la destruction des zones arborées anciennes ou du labourage intensif des zones de petite végétation. La résistance des arbres survivants aux agressions des parasites ou du climat s’en trouve fortement diminuée. Des siècles de ramifications et d’échanges d’informations indispensables à leur survie et leur adaptation sont anéantis à jamais.

Référence : Peter Wohlleben, la vie secrète des arbres, édition Les arènes

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