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Comprenant aussi une série de propositions concrètes alternatives, la présente contribution au débat public pour l’action, qui sera publiée en quatre livraisons, est une dénonciation de la manière opaque et sectaire dont a été formé et mis en place tout dernièrement à Rabat, le Comité National Marocain du Réseau Académique Nord-Africain sur la Migration (NAMAN). Les agissements étant dus principalement à la Direction de la coopération, des études et de la coordination intersectorielle, relevant du ministère délégué, chargé des MRE, la contribution interpelle la hiérarchie du ministère délégué et celle du département dont celui-ci dépend, à savoir le ministère des Affaires étrangères, de la coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger. Ci-après, la première partie de notre contribution. 

C’est depuis bien longtemps qu’a été mené par les uns et par les autres, un plaidoyer pour instituer d’urgence au Maroc, un agenda national multidimensionnel de la recherche en migration et un partenariat scientifique entre chercheurs, décideurs et gestionnaires du dossier migratoire, donnant lieu à un cadre de dialogue et de coopération globale, constructif et opérationnel pour se donner les moyens de maîtrise intellectuelle du fait migratoire pour pouvoir agir, permettre la conception et la mise en œuvre dans l’intérêt national, de politiques migratoires cohérentes, intégrées et fondées sur des faits et des données fiables.

Dans le cadre de cet agenda national de la recherche en migration, il y a lieu d’organiser et instituer le partenariat scientifique avec les institutions nationales œuvrant dans le domaine migratoire, dans l’esprit de responsabilité et de citoyenneté, avec le plein respect de l’autonomie et de l’indépendance intellectuelle et critique des chercheurs, et en évitant la tutelle pesante (en dehors du contrôle financier), alors que selon l’article 3.7 du statut du Comité National dont nous parlerons plus bas, « toutes les activités du comité, seront définies en concertation avec le ministère délégué » (chargé des MRE). En clair, cette gestion aussi rigide, menée «sous la tutelle » du ministère délégué, par conséquent guidée et dépendante directement de lui, est très problématique. 

De plus, la coordination scientifique avec le ministère, ne peut se faire, à notre sens que de manière directe avec le ou la ministre concernée par le dossier migratoire, qui sont plus ouverts politiquement et intellectuellement, et non pas avec certains technocrates. L’expérience depuis plusieurs années, le démontre clairement. Un exemple significatif sera donné à travers la rubrique « Dakira » qui sera publiée par WakeUpInfo dans l’édition du 8 juillet 2020 sous le titre : « Lettre ouverte au ministre chargé des MRE concernant la Stratégie Nationale de l’Emigration à l’horizon 2022 ». 

Tel que nous continuons à le concevoir, l’agenda national devrait couvrir tous les aspects internationaux de la migration pour le Maroc : immigration étrangère et asile au Maroc, émigration du Maroc vers l’étranger (nationaux et étrangers), communauté marocaine résidant à l’étranger. La recherche doit en effet jouer un rôle très important afin d’orienter la prise de décisions et de mieux éclairer et guider l’action : maîtriser la connaissance du fait migratoire dans toutes ses dimensions pour fonder et adosser les politiques adéquates en connaissance de cause, à travers des faits et des preuves et tenir compte des propres besoins du Maroc ceci dans une démarche émancipatrice, en dehors de tout suivisme, en particulier l’européo-centrisme, afin de ne pas laisser toujours l’initiative à l’Europe, de réagir tout au mieux ou de reprendre à son compte et sans discernement des solutions «prêt-à-porter » ou «prêt-à -penser ». 

Il s’agit également de réaliser la promotion d’une culture stratégique sur les migrations, à soutenir par les données probantes, par le renforcement de la prospective et le développement de scénario, tout comme il importe de promouvoir la culture d’évaluation des performances basées sur des critères d’efficacité. 

Pour un financement national 
Le financement plutôt NATIONAL de la recherche favorisera une grille de lecture nationale avec une vision globale marocaine, et tout en tenant compte du contexte des pays d’immigration, en particulier ceux de l’Union européenne et ceux d’autres pays d’accueil, il s’agit d’apporter des réponses marocaines à des problématiques marocaines. De ce fait, la recherche multidisciplinaire en migration, toutes disciplines confondues, doit être considérée comme une priorité marocaine avec un financement marocain pour se soustraire aux agendas étrangers, si nombreux et actifs en ce domaine. 

Dans ce cadre, il serait de la plus haute importance de mener une réflexion stratégique sur les tenants et aboutissants de certains financements extérieurs en matière de migration, en particulier ceux à vocation (in fine) sécuritaire, où la tentation est grande d’instrumentaliser la recherche au service de certains agendas qui sont bien loin des droits humains, en se focalisant notamment sur la réadmission, les pratiques de retour «plus efficaces », le contrôle frontalier, la lutte contre l’immigration irrégulière, le suivi des routes migratoires ...

À notre sens, l’interrogation se pose avec acuité en marge du lancement effectif en janvier 2020 du Réseau Académique Nord-Africain sur la Migration (North African Migration Network, NAMAN) qui bénéficie de l’appui du projet «Politiques et Pratiques d’une Bonne Gouvernance Migratoire Fondée sur les Preuves en Afrique du Nord » (eMGPP qui couvre l’Égypte, la Libye, la Tunisie, l’Algérie, le Maroc), financé par l’Union européenne et mis en œuvre par le Centre International pour le Développement des Politiques Migratoires (ICMPD, Vienne), dont la vocation très sécuritaire est connue. 

Ce réseau travaille à deux niveaux : le régional et le national. Au niveau national, chacun des pays concernés a choisi une thématique de départ. Si d’après des informations puisées à la source, l’Égypte et l’Algérie ne l’ont pas encore fait, les ministères des Affaires étrangères respectifs n’ayant pas encore donné leur feu vert au plan politique, la Libye qui vit, selon certains, entre le covid-19 et la guerre civile, a retenu l’établissement d’un observatoire national des migrations, avec toutes les dimensions et préoccupations sécuritaires que l’on peut deviner. La Tunisie qui dispose déjà d’un observatoire national des migrations a opté dans une première étape, pour la mise à jour de la stratégie nationale de la migration, en renforçant l’acquis de l’observatoire, et non pas en agissant en doublon. 

Au Maroc, qui dispose déjà de la SNIA (stratégie nationale en matière d’immigration et d’asile), mais manque encore cruellement d’une stratégie nationale globale, cohérente et intégrée en matière de MRE, en dépit du rappel solennel en la matière du Roi Mohammed VI lors du discours du Trône du 30 juillet 2015, a opté dans un premier temps pour des enquêtes sur la «diaspora » et plus particulièrement les compétences marocaines à l’étranger. 

Pour le Maroc, le lancement du Comité National Marocain du Réseau Académique Nord- Africain sur la Migration a eu lieu en plein confinement dans une discrétion la plus totale il y’a trois semaines. 

Certes, tout ce qui contribue à asseoir les bases de la recherche en migration dans notre pays ou à améliorer son exercice est le bienvenu. Cependant, on atteint d’autant plus cet objectif lorsque ceci ne se fait pas en catimini, en une opération camouflée, sous le signe de la confidentialité et de l’hermétisme, où il s’agit de garder la chose «secrète », de se taire ,de ne rien divulguer lorsque les choses ne sont pas encore décidées, mais se fait au contraire dans la transparence, en informant bien amont et en associant de manière ouverte et inclusive, toutes celles et tous ceux qui sont concernés et en fournissant tous les éléments de clarification concernant les motivations réelles des financements extérieurs en question, et les objectifs précis à moyen terme du projet pour que l’action soit menée dans la clarté. 

Voilà pourquoi, tout en reconnaissant les efforts entrepris par d’aucuns des universitaires, on regrettera vivement l’absence de communication envers certains chercheurs de très longue date en migration concernés (femmes et hommes) aux profils différents (économistes, politologues, sociologues, géographes, juristes ...), qui n’ont même pas été informés de la préparation et encore moins du lancement déjà opéré du projet ... De même, on regrettera la pratique d’une dose de sectarisme, d’ostracisme et d’esprit de mise à l’écart et d’exclusion à l’égard de certains chercheurs qui ont été bannis et évincés, alors qu’ils (elles) se sont investi(e)s depuis des décades (et continuent à le faire) dans le domaine de la recherche migratoire, avec production et publication de travaux et participation active au débat public en la matière, et en militant scientifiquement et de manière citoyenne active en ce domaine. 

Si au niveau des statuts déjà adoptés du Comité National NAMAN, l’article 6 relatif aux principes et éthique, insiste sur le fait que «les membres du Comité sont appelés à promouvoir une culture d’échange et de partage des connaissances», on ne peut dire que la mise en place de l’initiative ait respecté ces mêmes principes affichés. 

Rabat, le 4 juillet 2020 

Abdelkrim Belguendouz 
Universitaire à Rabat, chercheur en migration 

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