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Pour participer à cette folie ordinaire, une fête génère de la discontinuité dans le temps ; c’est un moment de rupture entre le passé et l’avenir. C’est un temps suspendu où on se trouve avec soi et les autres. Le Aïd Al-Adha est ce type de moment…

Le sacrifice Ibrahimique dépasse le rituel en soi, celui de reconduire un acte s’étant déroulé, il y a des millénaires. En plus de répéter un geste ancien, celui de nos pères, de nos mères et de nos aïeux en se remémorant le et en recherchant les temps perdus, on réalise une communion avec les autres et une connexion avec ceux qui nous ont précédé. On effectue un travail de mémoire avec ceux qui ne sont plus là et on se réunit avec les vivants. On répare ce qui nous a séparé. On s’unit avec les proches et les lointains. C’est un moment particulier où on ne fait plus qu’Un.

C’est le temps où l’on évoque ceux qu’on a perdu et où on rencontre ceux qui sont encore parmi nous. On fait tout pour les voir et passer des instants rares avec eux. Du maçon qui travaille dans les chantiers de Casa, laissant sa femme et ses enfants à Agdz, à la femme de ménage qui trime au Maârif et dont les parents habitent Laâounat, au petit commerçant, au livreur, au manœuvre, à l’artisan, au mécanicien qui attendent l’Aïd. Tous veulent sortir de la ville et se retrouver, enfin en famille, après une année de labeur. Même ces ouvrières qui veulent sortir de ces usines-clusters et de ces chambres où elles vivent à quatre. Et tous ces gens-là qui attendaient la fin du mois pour récupérer leur salaire, une prime, une gratification, une zakat leurs permettant de passer la fête.

Dimanche 27 juillet 2020 zéro heure, la fête était finie. Comment un gouvernement peut-il ignorer tout cela et fermer des villes dans un délai de quelques heures ?

L’Aïd Al-Adha est aussi le moment de mouvements financiers vitaux de la ville à la campagne. L’achat des ovins permet aux ruraux de tenir encore une autre année et peut être rien qu’une autre année dans le monde rural. De survivre à la sècheresse, au Covid-19, à un monde où ils ne décident pas. Comment un gouvernement peut-il ignorer cela et bloquer les villes ?

Symboliquement, le sacrifice Ibrahimique est un sacrifice expiatoire. C’est le moment où l’on se dit que l’année en cours, on a dû faire quelque chose de répréhensible, qui n’allait pas. C’est peut-être l’occasion d’expier ses erreurs, de se réconcilier avec les autres en sacrifiant et en partageant avec ces proches. C’est aussi un sacrifice propitiatoire où l’on veut rendre les choses propices, les éléments favorables. En ce temps de Covid-19, ce besoin est démultiplié, on veut penser que les jours heureux sont à venir. Comment ce gouvernement peut-il être aveugle à tous ces espoirs ?

Au fait, est ce que ce gouvernement connait-il notre réalité locale ? Que sait-il de nous du peuple marocain ? Chaque fois qu’il prend une décision, souvent liberticide, sans jamais consulter, on a l’impression qu’il vit dans un autre monde. Une question se pose alors : qu’elle est la légitimité d’un gouvernement qui ne connait pas ces concitoyens ?

Plus le temps passe, plus on a l’impression que l’on veut nous séparer, nous priver d’un temps que nous voulons vivre avec nos proches. Un temps heureux comme celui du Aïd.

C’est le temps où le roseau devenu Ney entame le chant plaintif des moments où il était dans la jonchaie avant qu’on ne le coupe. C’est le temps où les boyaux deviennent cordes de Guembri et guident nos pas vers la transe. C’est le temps où la peau de chèvre devient une peau tendue de Tbal et rythme la danse de l’Ahouach. Ce temps-là, on veut nous le voler.





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