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Alors que le gouvernement doit trancher ce mercredi sur la question des Roms, le sociologue Mustapha Saha et l'urbaniste Benoit Joseph, membre du Conseil national du PS, expliquent l'origine des peuples nomades. Ils mettent en garde contre le "délit d'appartenance ethnique" dont sont victimes les Roms.

Le nomadisme structure l'histoire des civilisations, des origines aux temps présents. Aux quatre coins de la planète, la transhumance demeure le mode d'organisation des peuples qui véhiculent les marchandises, transmettent les savoirs et les techniques, dynamisent les diversités culturelles. Jamais les mouvements migratoires n'ont été aussi intenses qu'en cette époque de transition où les technologies de pointe raccourcissent les distances et accélèrent le temps. Le nomadisme a préservé, tout au long des siècles, cette "société transversale en réseaux", qui alimente sans cesse le sang nouveau, les mondes en devenir.

Aujourd'hui encore, les maisons transportables aux Etats-Unis incarnent cet "ethnos anamnésique" de la mobilité perpétuelle. Le mouvement hippie, inspiré par Mai 68, animé par les enfants gâtés de la bourgeoisie, n'est-il pas un rappel historique de cette évidence? Le nomadisme s'inscrit, plus que jamais, dans les mutations sociétales impulsées par la révolution numérique, qui refaçonne les comportements et balaie les charpentes vermoulues de l'archaïque "société pyramidale".

L'information nomade circule d'ores et déjà, irrésistiblement, sur la Toile universelle. La "société-laboratoire" expérimente au quotidien la démocratie interactive en mouvement. Les Roms, les gens du voyage, et tous les peuples nomades, sont parties intégrantes de l'entité européenne depuis sa genèse. Leur créativité irrigue de multiples rivières, depuis des millénaires, le grand fleuve des cultures universelles. Ces peuples nobles et fiers ont toujours affirmé, contre les persécutions endémiques et les discriminations systématiques, leur indéracinable attachement aux principes républicains des libertés individuelles et collectives.

Le délit d'appartenance ethnique dont les Roms sont victimes génère les pires crimes contre l'humanité

Les tziganes, irréductibles citoyens du monde quand les totalitarismes verrouillaient leurs frontières, boucs émissaires du nazisme quand les monstrueuses chambres de la mort les engloutissaient avec des millions de juifs, resteront à jamais d'admirables symboles de résistance. Leur colère d'outre-tombe résonne encore, plus jamais ça! Le "délit d'appartenance ethnique"dont les Roms sont victimes, surfant sur les bas instincts grégaires du "consensus de rejet", a généré dans le passé, et génère encore dans les horribles guerres de purification ethnique, les pires crimes contre l'humanité.

Les campements provisoires, aux périphéries malfamées des villes, marquent invariablement les gens du voyage du sceau de l'exclusion. Toute population frappée par des réglementations particulières, progressivement muées en statut spécial, finit son chemin du calvaire sur les bûchers. Les sentiers ténébreux de l'inquisition mènent toujours aux camps d'extermination. La citoyenneté européenne, comme la citoyenneté française, est indivisible. La libre circulation des Roms sur les territoires communautaires ne saurait souffrir d'aucun régime d'exception. Il n'est d'autre principe égalitaire, applicable à tous les citoyens, sans exclusive, que le droit commun. Que les vagues nauséabondes de l'ostracisme se brisent sur les digues inexpugnables de lalaïcité!

Mustapha Saha
Sociologue, poète, artiste peintre.



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