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L’idée du revenu universel peut sembler très séduisante dans notre époque troublée par un chômage endémique et les véritables risques qui vont se matérialiser dans les prochaines années avec la révolution robotique qui sera un massacre total pour l’emploi tel que nous le connaissons encore actuellement.

Le problème est évidemment toujours le même. Comment financer un tel revenu universel et continuer à créer de la richesse ?

C’est une question centrale que le communisme n’a jamais su résoudre, à savoir celle des “incitations positives”. Si tout le monde touche toujours la même chose, alors pourquoi faire plus, et si faire plus me fait payer beaucoup d’impôts alors pourquoi produire ou faire plus ? Du coup, tout le monde ne faisant plus rien, c’est le PIB qui s’effondre. Une fois le PIB effondré, il n’y a évidemment plus aucune ressource pour financer le revenu universel à part la planche à billets. Du coup, à terme, bienvenue en URSS.

Alors attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. D’une certaine façon, avec toutes les aides qui existent en France, un tel revenu serait déjà envisageable dans une certaine mesure, mais justement la France ne brille pas par son dynamisme et sa fiscalité est plus soviétique que libérale, et c’est incontestable.

La France croule sous le poids d’aides pas forcément justifiées… Et là encore, il ne s’agit pas de ne pas aider mais d’aider mieux et moins longtemps en permettant aux gens d’être toujours le plus autonomes possible.

Tout cela m’amène à la conclusion suivante : le revenu de base est un concept merveilleux mais risqué. Dans tous les cas, c’est un débat dont aucun pays ne pourra faire l’économie tant il faudra bien trouver une façon de répartir les richesses si ce n’est plus le “travail” qui le permet.

Charles SANNAT
Revenu de base et réalité

Je vous propose de lire ci-dessous le dernier billet de Myret Zaki : elle revient sur le revenu de base qui est soumis à une prochaine votation en Suisse. (CH. Sannat)

Le 5 juin, les citoyens suisses voteront sur l’initiative pour un revenu de base inconditionnel (RBI). L’idée est d’inscrire dans la Constitution le droit pour chaque citoyen de toucher à vie une rente mensuelle, sans condition. La rente proposée sur le site des initiants est de 2 500 francs (et de 625 francs pour les mineurs), mais le texte ne précise pas de montant. Pouvoir s’émanciper du monde du travail, y rechercher l’accomplissement plutôt que la survie, avoir le choix, disposer d’un coussin de sécurité à vie est certes désirable.

Soyons vénaux : et le financement ?
Le problème est celui du financement de cette rente. Une considération bien vénale, j’en conviens. Mais qui sera si déterminante, que l’initiative échouera sans doute pour cette raison.

Selon les initiants, le RBI se substituerait à la plupart des prestations et cotisations sociales existantes, et il ne resterait à financer que l’équivalent de 3 % du PIB. Or si une partie de la population sort du monde du travail, cela entraînera une perte de PIB. Si moins de richesse nationale est produite par le travail, le coût du RBI représentera davantage, au fil du temps, que 3 % du PIB.

Qui paiera ? Ceux qui travailleront encore. Seuls les impôts du travail permettront de compléter le financement de cette rente pour ceux qui choisiront de quitter le travail salarié. Le coût du RBI est en outre appelé à croître, avec l’augmentation de la population. Par ailleurs, des suppléments pour maladie, accidents et vieillesse s’ajouteront aux estimations (déjà théoriques) articulées ci-dessus.

Dès lors, l’État pourrait devoir s’endetter pour que tout un chacun bénéficie de cette allocation universelle. Mais au final, le RBI devra être financé par ceux qui, paradoxalement, appartiennent au « monde d’avant RBI », celui du travail salarié, le même que les défenseurs du RBI jugent désormais obsolète. De façon inévitable, un système hybride qui mélange RBI et travail, personnes entretenues et personnes salariées, créera des tensions : les salariés accepteront-ils de subventionner les oisifs ?

Pour s’autofinancer réellement, le bénéficiaire d’un RBI doit produire quelque chose, rechercher une forme d’autarcie. Or ici il dépendra en partie des aides de l’État (anciennement les prestations sociales) et en partie des ressources du travail via les augmentations envisagées de la fiscalité (ajustement de la TVA, de la fiscalité directe, taxe sur la production automatisée, sur l’empreinte écologique, etc.).

D’autres financements évoqués sont l’introduction d’une taxe sur toutes les transactions économiques, ou la création monétaire par la Banque nationale. La première, si elle n’est pas mondiale, chasserait des entreprises de Suisse, qui n’auraient qu’à déménager leur siège pour éviter ladite taxe. La deuxième créerait une inflation qui ferait des 2 500 francs le « nouveau zéro »: le pouvoir d’achat de ces 2 500 francs serait rapidement évaporé.

L’étymologie du mot revenu (du verbe « revenir ») évoque l’idée de « retour », de « rétribution » en contrepartie d’une action réalisée. Le RBI, qui serait dû « sans condition », est-il donc un revenu ? En France, 17 % de la population vit avec un salaire minimal (contre travail) de 1 570 francs (1 458 euros). Certes, la Suisse est un pays souverain, libre de financer une rente, même élevée. Mais la Suisse est aussi un pays de travailleurs, qui ont très largement refusé, en 2012, de passer de quatre à six semaines de congés payés annuels.

S’il est incontestable que le plein-emploi n’est plus garanti, et que les robots remplaceront de plus en plus de travailleurs, la solution doit passer par des compétences accrues et une éducation supérieure pour des pans toujours plus larges de la population. Pour ce but-là, davantage de citoyens accepteront de payer des impôts.




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