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Les militants d'extrême droite, qui devaient rallier l'Italie depuis Djibouti, ont vu leur périple stoppé plus tôt que prévu.

Chez Génération Identitaire, la croisière ne s'amuse plus. L'opération "Defend Europe", qui avait levé 76.000 euros en mai et juin sur internet avant que le service Paypal ne gèle son compte, semble même patiner sérieusement depuis quelques jours.

Le C-Star, navire de 40 mètres affrété par les militants d'extrême droite pour lutter contre les associations de sauvetage de migrants en Méditerranée, était censé faire route pour Catane en Sicile, pour embarquer d'autres membres du réseau européen, avant de gagner la zone des secours au large de la Libye.

Objectif affiché : empêcher les ONG d'acheminer les migrants africains vers l'Italie et les faire reconduire en Libye. Comme l'expliquait il y a deux semaines le porte-parole français du collectif, Clément Galant, dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, la mission était "de montrer le vrai visage des ONG soi-disant humanitaires, leur collaboration avec les mafias de passeurs, et les conséquences mortelles de leurs actions en mer".
"Lors de notre mission, lorsque nous croiserons des bateaux remplis de clandestins, nous appellerons les garde-côtes libyens pour qu'ils puissent venir les secourir et nous veillerons à leur sécurité le temps de leur arrivée."
Sauf que depuis son départ de Djibouti début juillet, l'équipage du C-Star a rencontré bien des contrariétés. A la mi-juillet, le bateau avait déjà été bloqué presque une semaine dans le canal de Suez pour des problèmes administratifs. Malgré un message optimiste posté le 19 juillet pour donner le change, le C-Star était encore bloqué à Suez par les autorités égyptiennes, le 20 juillet.

Selon l'ONG "Hope Not Hate", qui suit à la trace les mésaventures de l'équipage et a pu interroger un employé du Canal, l’arraisonnement avait été décidé pour raisons de sécurité, le capitaine s'avérant incapable de fournir une liste satisfaisante de son équipage. L'ONG a également enquêté sur le propriétaire du navire, un sulfureux entrepreneur suédois déjà condamné pour fraude du nom de Sven Tomas Egerstrom.

Bloqués à Famagouste
Le C-Star a finalement atteint, non sans mal, les eaux méditerranéennes. Mais son voyage s'est de nouveau arrêté le vendredi 21 juillet, au large de... Famagouste, dans la partie nord turcophone de Chypre. Selon un article du quotidien chypriote "Kibris Postasi", publié mercredi matin, le capitaine du navire et son second ont depuis été arrêtés, notamment pour des soupçons de faux documents. Arraisonné, le bateau a été évacué, et l'équipage entendu par la police.

Le navire, qui bat un pavillon de complaisance aux couleurs de la Mongolie (un pays sans accès à la mer), reste depuis immobilisé au large de Famagouste, comme on peut s'en assurer sur le site MarineTraffic.

Le compte Twitter de "Defend Europe" a dans un premier temps prétendu que le navire "faisait le plein", mais le leader de l'opération, l'Autrichien Martin Sellner, a bien dû admettre l'arrestation auprès du site Buzzfeed. L'identitaire menace :
"C'est la même histoire que pour le Canal de Suez. De fausses allégations contre nous dans le but de nous ralentir. Nous irons devant les tribunaux."
L'équipage s'est dispersé
Sur son compte Twitter, "Defend Europe" se dit victime d'une machination des "ONG" (on ne saura pas lesquelles) qui "font tout pour empêcher le C-Star d'arriver à Catane et accomplir sa mission". 


Plus étrange, le collectif indique que son "équipage d'origine asiatique" s'est dispersé après l'arraisonnement au large de Famagouste et, une fois arrivé à l'aéroport, a été "harcelé par les ONG [sic], qui tentaient de les convaincre de demander l'asile".

Hormis une poignée de militants identifiés, l'inconnue plane sur la véritable composition de l'équipage, d'autant qu'un peu plus tôt "Defend Europe" accusait les ONG de répandre de fausses informations en les accusant d'employer illégalement un équipage de clandestins.

Le philosophe, écrivain et réalisateur libertaire franco-grec Yannis Youlountas, qui suit les mésaventures de Defend Europe depuis plusieurs semaines, a publié ce mercredi une note de blog dans laquelle il relaie les informations de "camarades antifascistes" basés à Chypre :
"L’équipage sri-lankais a quitté le navire et demande la protection internationale ainsi que le statut de réfugiés politiques - ce sont des Tamouls", raconte-t-il.
"Les marins tamouls affirment qu’ils ont dû payer pour voyager à bord du C-Star. Leur soutien juridique sur place entame une action contre les responsables du C-Star et de Defend Europe pour trafic d’êtres humains. Le capitaine et son adjoint ont été placés en garde à vue par la police nord-chypriote, et le propriétaire suédois du bateau, Tomas Egerstrom, a été reconnu à son arrivée, hier, à l’aéroport de Nicosie-Nord, par nos camarades qui veillaient sur place."
"La croisière fasciste est terminée !" se réjouit-il.
Contactés par "l'Obs", les responsables de "Defend Europe" n'ont pas répondu à la publication de ces informations, se contentant de les balayer d'un "Fake News" très trumpien.


Leurs déconvenues ennuis ne devraient pas s'arrêter là. En France, un organisme gouvernemental avait signalé l'opération à la justice, dénonçant une "provocation à la discrimination" et un risque de "délit d'entrave" aux secours.






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