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Toutes les 6secondes, un cri de bambin nouveau se fait entendre sur Terre. Toutes les 6secondes, une sage femme sourit, une maman prend son bébé dans les bras et un papa arrête de faire les 100 pas un peu plus loin…

Je m’appelle Marion, j’ai 21ans. Mais qui sait, comment je m’appellerais, si j’étais née 6 petites secondes plus tôt. Je serais A, T, ou N; je viendrais d’Erythrée, de Soudan ou d’Ethiopie. Ma peau aurait la couleur du soleil, mais à 21 ans déjà, mon regard trahirait beaucoup de choses, pas vrai? La faim: la vraie faim; le froid, le vrai, et puis, la peur, la vraie peur.

Peur de là où je viens, de là où je vais. Confiance en personne, peur des sirènes de police, elles me réveilleraient en sursaut de mes mauvaises nuits. « Vigilance constante! » criait Maugrey Foloeil à Harry Potter, craignant Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom…

Nous y voilà. 6 secondes plus tard et je suis Marion, européenne pure souche. J’ai la peau blanche comme la neige et le regard qui pétille la folie douce de la jeunesse. Ce soir je ferme mon livre, et je me dis que je fais partie d’un pays « dont-ne-devrait-pas-prononcer-le-nom ». Synonyme de crainte et de désespoir, de répression sans foi ni loi et de stigmatisation, tous ces mots qui font bien sans faire bien, dont je connaissais à peine la définition il y a quelques années.

Belle Europe, j’ai 21 ans et si je ne rêve pas maintenant je ne rêverai jamais… Et pourtant, je ne rêve pas, quand je me vois écrire « ok pour 3 ici » aux petites heures de la nuit. Je ne rêve pas, quand je pense que des copains sont dehors tous les soirs. Je ne rêve pas: la froideur des gens qui nous gouvernent est bien pire que celle qui rentre en coup de vent quand j’ouvre grand ma porte.

Stromae reprenait les mots d’un grand et répétait à tue-tête dans mon balladeur, « putain, putain, c’est vachement bien, paraît qu’on est tous des européens. »

Laisse-moi y croire encore un peu. Laisse-moi imaginer mes gosses fredonner L’hymne à la Joie sur le chemin de l’école sans que j’avale de travers, laisse-moi penser que tout ça n’est qu’une moche histoire dont on parlera très vite comme d’une erreur de parcours. Laisse moi rêver encore un peu.








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